Comment vivre vieux et mieux ?
Nous vivons de plus en plus longtemps et donc, les séniors représentent une part toujours plus importante de la population.
Cette évolution représente à la fois des opportunités et des défis pour les services publics.
Si le vieillissement peut engendrer des vulnérabilités, il génère aussi des besoins nouveaux. Les séniors jouent un rôle clé dans la vie citoyenne et sociale, contribuant activement à leur environnement.
Contexte
Face à cette transformation démographique et à l’évolution des besoins des personnes âgées, l’Eurométropole s’interroge sur la pertinence et l’adaptation des politiques publiques, qu’elles relèvent de ses compétences ou d’autres niveaux : communes, collectivité européenne d’Alsace, Etat.
Saisine
« Quelle devrait être l’évolution, ou les évolutions prioritaires, des politiques publiques menées sur le territoire métropolitain pour que celles-ci répondent aux enjeux générés par le vieillissement de la population ? »
Méthodo
Pour cette nouvelle saisine au sujet plus sociétal, nous avons opté pour de nouvelles méthodes de travail afin de mieux mobiliser notre « intelligence collective ».
Nous avons mené nos travaux en trois temps :
• Phase 1 : deux séances fin janvier et début mars nous ont permis de nous approprier la saisine, de comprendre les enjeux du vieillissement de la population et de commencer à prioriser les défis à venir.
• Phase 2 : au cours de trois séances en mars, avril et mai, nous avons rencontré de multiples acteurs et réfléchi sur les défis qui se poseront indéniablement aux futurs décideurs publics :
* comment changer de regard sur les personnes âgées et leurs rôles dans la société,
* comment adapter le cadre de vie aux personnes âgées,
* comment mieux prendre soin des personnes âgées : soutien, bien-être, santé et mobilités.
Des rencontres avec diverses associations et interlocuteurs institutionnels du territoire au cours de l’été nous ont permis d’approfondir nos réflexions et d’affiner nos préconisations.
• Phase 3 : les deux séances de l’automne ont permis de finaliser nos conclusions avant de les restituer aux élus de l’Eurométropole (fin novembre) et de les présenter au grand public au printemps 2026.
Nous avons été accompagnés dans cette démarche par Res publica, cabinet de conseil en concertation et dialogue collaboratif, qui nous a permis d’innover dans nos temps de réflexion avec de nouveaux outils pour laisser s’exprimer l’intelligence humaine collective, pas d’IA dans cette démarche !
Préconisations
Nous avons abouti à 15 préconisations dont voici une synthèse.
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Défis transversaux
Le CODEV souligne la nécessité d’anticiper les transformations liées au vieillissement et de traiter cette question comme une véritable priorité politique, portée par une action publique coordonnée et transversale. Il appelle à associer l’ensemble des acteurs, y compris les personnes âgées elles-mêmes, dans toutes les politiques concernées. Il insiste enfin sur une approche préventive, attentive aux transitions de vie et aux vulnérabilités, afin de limiter l’isolement et la perte d’autonomie.
La première préconisation invite l’Eurométropole à structurer un plan d’action pluriannuel coordonné en s’engageant dans la démarche de labellisation « Ville Amie des Aînés » à l’échelle territoriale et avec l’ensemble des 33 communes. Cette approche, fondée sur la participation des habitants et la coopération entre toutes les institutions, permettrait d’intégrer le vieillissement dans l’ensemble des politiques publiques et de renforcer la cohérence entre communes. Un label « Eurométropole amie des aînés » affirmerait ainsi une volonté collective de faire du vieillissement un levier d’innovation, de solidarité et de qualité de vie.
La seconde préconisation propose la création d’un guichet unique dédié aux séniors, à leurs proches et aux aidants, à la fois physique, numérique et mobile, pour offrir un accompagnement global, accessible et personnalisé. Véritable relais de proximité, il simplifierait l’accès aux droits, orienterait vers les services adaptés, pourrait accueillir des permanences associatives et jouerait un rôle majeur dans la prévention, les transitions de vie et la lutte contre l’isolement. Soutenu par une politique volontariste et un réseau de partenaires, il incarnerait concrètement la coopération et la lisibilité attendues des politiques du bien vieillir.
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Défi 1 : Changer de regard sur les personnes âgées et leurs rôles au sein de la société
Ce défi met l’accent sur la nécessité de transformer notre regard sur la vieillesse et de reconnaître pleinement la place active des séniors dans la société. Il s’agit de lutter contre l’âgisme et les stéréotypes qui marginalisent les aînés, en valorisant les contributions sociales, familiales et citoyennes des personnes âgées. Le renforcement du lien social, notamment par des actions intergénérationnelles, constitue un levier essentiel pour favoriser inclusion, respect et participation. Pour relever ce défi, nous proposons 3 préconisations.
Il s’agit d’abord de soutenir, amplifier et pérenniser les initiatives de lien intergénérationnel, en développant des activités, des espaces partagés et des projets communs qui favorisent les rencontres, la transmission et la compréhension mutuelle entre les âges. Cela implique de doter durablement ces actions de moyens adaptés, afin de dépasser la logique fragile des appels à projets et de permettre aux associations et structures locales de faire vivre ces dynamiques dans la durée.
Il est également essentiel de mettre en valeur l’engagement des séniors par des campagnes positives et régulières, reflétant la diversité de leurs rôles et la richesse de leur contribution citoyenne, associative ou familiale. Cette démarche inclut la valorisation des formes d’engagement existantes, l’accompagnement des nouvelles pratiques et l’intégration systématique de représentations positives des séniors dans les communications institutionnelles. L’objectif est de remplacer les images stéréotypées par une vision plus juste et inclusive du vieillissement, en donnant la parole aux personnes concernées.
Enfin, il convient de développer et soutenir les formes d’entraide de proximité, à l’échelle des immeubles, des rues ou des quartiers. Ces réseaux locaux favorisent la solidarité, la veille bienveillante et la lutte contre l’isolement, tout en se coordonnant avec les dispositifs institutionnels et associatifs existants. Ils constituent un levier essentiel pour renforcer la cohésion sociale, offrir un appui concret au quotidien et améliorer durablement la qualité de vie des séniors.
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Défi 2 : Adapter le cadre de vie aux personnes âgées
Adapter le cadre de vie aux personnes âgées constitue un levier essentiel pour renforcer leur autonomie et leur qualité de vie. Le cadre de vie, entendu comme l’ensemble des éléments qui structurent la vie quotidienne et notamment l’habitat et les espaces publics doit permettre à chacun d’exercer pleinement ses choix.
Ce défi met en évidence trois enjeux majeurs : garantir des espaces publics inclusifs et accessibles, assurer une offre de logements adaptés et diversifiés, et penser l’accessibilité comme un continuum allant de l’espace public extérieur aux espaces intérieurs, communs comme privés. L’objectif est de créer un environnement cohérent et sécurisé, capable de répondre à la diversité des besoins des seniors. Pour le défi de l’habitat, nous proposons 4 préconisations.
Pour promouvoir de nouvelles formes d’habitat pour les séniors autonomes, il est essentiel de valoriser les initiatives innovantes déjà présentes sur le territoire, tout en renforçant leur soutien et leur visibilité. Il s’agit de concevoir des lieux de vie dépassant l’habitat individuel, intégrant des espaces partagés (jardins, salles communes) pour favoriser la convivialité et la mixité intergénérationnelle. La réussite de ces projets nécessite la simplification des montages opérationnels et financiers, le financement pérenne des espaces communs et des postes dédiés à leur animation, ainsi que l’accompagnement des transitions résidentielles, notamment via les bourses d’échange de logements sociaux, avec un soutien psychologique et logistique adapté. Pour garantir l’accessibilité aux services essentiels et l’inclusion sociale, ces projets doivent être prioritairement implantés en cœur de quartiers et centre-bourgs.
Par ailleurs, il est recommandé de renforcer la prévention et l’adaptation de l’habitat via les documents d’urbanisme. Cela inclut l’augmentation de la part de logements adaptés dans le parc immobilier, l’application stricte des normes d’accessibilité, l’amélioration thermique des logements et la végétalisation, tout en affinant les prescriptions selon le type de logement (par exemple, réaffectation des parkings inutilisés en espaces conviviaux pour les résidences autonomie). Ces orientations doivent être intégrées dans le Plan Local de l’Habitat et dans le Plan Local d’Urbanisme intercommunal (PLUi), afin d’anticiper durablement les besoins des séniors.
Il est également crucial de renforcer la rénovation et l’adaptation des Ehpad, pour répondre aux besoins des personnes dont la dépendance et l’état de santé nécessitent un accompagnement fortement médicalisé. Cela comprend non seulement l’augmentation de l’offre pour faire face à la demande croissante, mais aussi l’ouverture vers l’extérieur des Ehpad, afin que ces structures deviennent des lieux vivants et accueillants, favorisant le bien-être des séniors et les liens intergénérationnels.
Enfin pour l’habitat, nous recommandons de déployer un outil commun de diagnostic et de caractérisation des logements, que nous avons nommé « Access’Score », pour évaluer l’accessibilité et le potentiel d’adaptabilité des logements dans l’EMS. Cet outil simple et accessible à tous (collectivités, bailleurs, promoteurs, professionnels et particuliers) permettrait de renforcer l’autonomie des séniors, de mieux ajuster l’offre de logements à la demande, de faciliter les mutations et de guider les choix entre travaux ou déménagement. Il pourrait être diffusé via le guichet unique, afin que chacun puisse évaluer facilement l’adaptation de son logement.
Pour adapter l’espace public et les mobilités aux besoins des séniors, il est nécessaire d’adopter une approche globale et inclusive qui prenne en compte toutes les populations, et tout particulièrement les personnes âgées. Pour le défi de l’espace public, nous proposons 3 préconisations.
Nous recommandons de concevoir un cahier des charges pour les espaces publics, partagé par tous les acteurs (aménageurs, collectivités, associations, usagers), afin d’intégrer les besoins des séniors valides ou à mobilité réduite, des familles, des personnes en situation de handicap ou avec des besoins spécifiques. Ce cahier des charges doit également intégrer les enjeux climatiques (réduction des îlots de chaleur, végétalisation, ombrages) et favoriser les zones d’échange et de convivialité avec mobilier adapté, terrains de loisirs intergénérationnels et points d’eau ou toilettes accessibles. La participation active des habitants et l’évaluation progressive des aménagements, via des outils comme ceux du CEREMA, sont essentielles pour garantir la qualité et l’adaptabilité des espaces.
Nous recommandons également de soutenir le développement des conciergeries et des tiers-lieux, qui facilitent l’accès aux services essentiels (médecins, pharmacies, commerces) et encouragent le lien social. Ces structures, à privilégier dans les quartiers urbains fragiles, les communes rurales et la seconde couronne, permettent de lutter contre l’isolement tout en favorisant le lien intergénérationnel et la convivialité.
Enfin pour les espaces publics, il est fondamental de créer des circuits piétons continus, apaisés, ombragés et sécurisés, conçus à partir des usages réels des séniors et garantissant la continuité entre la rue et le logement. Ces parcours doivent séparer les flux piétons des vélos et trottinettes, intégrer bancs, fontaines et toilettes accessibles, et relier commerces, services médicaux, transports et équipements de détente, pour permettre aux séniors de se déplacer en toute sécurité et confort.
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Défi 3 : Prendre soin des personnes âgées : soutien, bien-être, santé
Ce défi souligne l’importance d’un accompagnement structuré et complet pour garantir dignité et qualité de vie. Il s’agit de renforcer le soutien aux proches aidants, de développer la prévention et l’activité physique adaptée pour retarder la perte d’autonomie des séniors, et de valoriser les métiers de l’aide à domicile, confrontés à une pénurie de personnel. Une politique ambitieuse et coordonnée est nécessaire pour répondre à ces enjeux et soutenir les séniors dans toutes les dimensions de leur bien‑être et de leur santé. Pour ce défi, nous proposons 3 préconisations.
Il s’agit d’abord de soutenir et renforcer les initiatives existantes en faveur du répit des aidantes et aidants et leur accompagnement. Cela passe par l’extension des cafés des aidants, la multiplication des espaces de répit et le renforcement de la prise en charge temporaire des personnes aidées, ainsi que par des mesures concrètes de soutien à la mobilité. Ces actions permettent d’offrir des temps de pause essentiels aux proches aidants, véritables piliers de l’accompagnement des séniors.
Ensuite, le CODEV recommande de développer, dans les communes de l’EMS, le dispositif sport-santé, orienté vers la prévention et la promotion des bienfaits de l’activité physique adaptée. Ce dispositif favorise la prévention du déclin cognitif et moteur, stimule le bien-être psychologique et contribue à lutter contre l’isolement social. Son extension à davantage de communes permettrait de mutualiser les moyens, d’optimiser les coûts et de garantir un accès équitable à l’activité physique adaptée sur l’ensemble du territoire.
Enfin, il est essentiel de soutenir les actions de valorisation et de promotion des métiers d’aide à la personne et de formation professionnelle des acteurs de ce secteur. Cette démarche vise à renforcer l’attractivité des métiers d’aide à domicile, d’auxiliaire de vie, de travailleurs sociaux et des personnels associatifs, notamment auprès des jeunes publics, tout en garantissant des pratiques professionnelles vertueuses. L’EMS peut jouer un rôle moteur en impulsant des campagnes de communication, des forums métiers et des rencontres type “job-dating”, afin de valoriser ces professions indispensables au maintien de l’autonomie et de la qualité de vie des séniors.
En conclusion…
Le rapport aborde le vieillissement non comme une fatalité, mais comme une réalité à comprendre et à accompagner. Il en fait une opportunité : renforcer la solidarité entre générations, adapter les cadres de vie et permettre à chacun de rester acteur de son existence. Bien vieillir ne relève pas uniquement de la santé ; c’est une question de regard, de dignité et de lien social, qui appelle une approche intégrée à l’échelle de l’Eurométropole.
Le rapport souligne la nécessité d’une action publique coordonnée, lisible et accessible, qui soutienne les acteurs de terrain et associe réellement les habitants. Les seniors sont des citoyens à part entière, porteurs d’expérience et d’engagement. L’Eurométropole peut devenir un territoire exemplaire du bien vieillir en valorisant les initiatives locales, en accompagnant chaque parcours et en soutenant les plus fragiles.
Fruit d’une démarche d’écoute et de coopération, ce travail confirme la place essentielle de la démocratie participative pour éclairer les politiques publiques. Bien vieillir, c’est avant tout demeurer heureux, actif et intégré.
Les coulisses de nos travaux.
Les ateliers
- Qui sont les vieux ? Atelier 1
- Qui sont les vieux ? Atelier 2
- Qui sont les vieux ? Atelier 3
- Bien vieillir à l’EMS – Atelier 4
- Bien vieillir à l’EMS – Atelier 5
- Bien vieillir à l’EMS – Atelier 6
Les vidéos
Les rencontres et les visites
- Les Assises du Bien Vieillir à Strasbourg
- Vieillir sans être déraciné
- Logement senior : vers un habitat inclusif
- Un levier local pour mieux vivre… vieux
- La Bonne Étoile : un habitat qui relie les générations
- Agir avant l’isolement
- Au-delà des Gâteaux et des Mamies
- Habitat et accessibilité