Vieillissement : mieux articuler solidarités privées et publiques
À Strasbourg, lors de la conférence annuelle de l’AFÉPOP, une table ronde a exploré les enjeux du vieillissement de la population et des solidarités à renforcer.
Un échange pour penser des politiques publiques plus justes, adaptées et ancrées dans les réalités des territoires. Nous y étions.
« Solidarités privées, solidarités publiques : quelles politiques face au vieillissement de la population ? »
C’était le thème de la table ronde organisée dernièrement par l’association française des économistes de la population (AFEPOP) à l’occasion de leur conférence annuelle organisée à Strasbourg consacrée cette année aux Transformations démographiques et transferts intergénérationnels.
Les échanges ont mis en lumière une réalité centrale : le vieillissement de la population s’accompagne d’une grande diversité de situations, qui rend les réponses uniques inadaptées.
Si les solidarités familiales jouent déjà un rôle essentiel, elles ne peuvent constituer à elles seules le socle de la prise en charge. Souvent sollicitées, parfois fragilisées, elles nécessitent d’être reconnues, soutenues et mieux articulées avec l’action publique.
Les intervenants ont souligné les tensions croissantes entre solidarités privées et publiques, ainsi que les risques d’inégalités liés à la montée en puissance des transmissions patrimoniales et à l’hétérogénéité des parcours de vie.
• Emmanuelle Cambois (directrice de recherche à l’Institut national d’études démographiques et directrice de l’Institut de la Longévité, des Vieillesses et du Vieillissement) a rappelé combien la catégorie des « personnes âgées » recouvre aujourd’hui des réalités multiples, marquées par des trajectoires de vie et des niveaux d’autonomie très hétérogènes.
• Nicolas Frémeaux (Chercheur et professeur à l’université de Rouen-Normandie) a mis en évidence les recompositions à l’œuvre entre solidarités publiques et privées, en soulignant que ces dernières peuvent, selon les contextes, atténuer ou accentuer les inégalités.
• André Masson (directeur de recherches au CNRS et chercheur à l’École d’économie de Paris) a insisté sur la concentration croissante du patrimoine chez les plus âgés et sur les enjeux liés à la transmission, de plus en plus tardive, avec des effets structurants sur les inégalités entre générations.
• Johanne Lotz (notaire et maitre de conférences en droit privé) a éclairé le rôle du droit, qui continue de structurer fortement les solidarités familiales, tout en cherchant à préserver des équilibres entre les membres de la famille et à s’adapter à la diversité des configurations familiales.
Quant à nous, nous avons partagé quelques préconisations issues des travaux que nous avions menés sur les évolutions à apporter aux politiques publiques pour faire face aux enjeux du vieillissement de la population. Nous avons ainsi souligné la nécessité de ne pas opposer solidarités publiques et privées, mais de mieux les articuler, en soutenant les aidantes et les aidants, en développant les solidarités de proximité et en inscrivant le vieillissement dans une approche globale des politiques publiques.
C’est enfin une réelle satisfaction de pouvoir porter et partager, dans ce type d’instance, une parole et une réflexion citoyennes, au plus près des réalités vécues sur les territoires.
Pour retrouvez nos travaux : Comment vivre vieux et mieux ?